Imaginez un ordinateur. Pas n’importe lequel. Un mastodonte du code, bourré de lignes de logique, fonctionnant à la vitesse d’un clic de génie. Maintenant, imaginez que derrière ce chef-d’œuvre technologique, il y a une femme. Ah. Vous hésitez ? Vous n’êtes pas seul.e. Dans l’imaginaire collectif, l’ingénieur est barbu, hoodie sur le dos, lunettes épaisses, écrans en cascade devant lui. Pas elle. Pas encore.
Mais l’histoire aurait dû s’écrire autrement. Elle s’est écrite autrement. Seulement, elle a été effacée.
Le bug originel : quand l’histoire oublie ses codeuses
Ada Lovelace, la première programmeuse de l’Histoire, a jeté les bases de l’informatique au XIXe siècle. Pourtant, un siècle plus tard, les manuels scolaires préfèrent mettre en lumière les Steve, les Bill et les Elon. Les femmes ? Silencieuses. Invisibilisées.
Et c’est là le bug : un système pensé par des pionnières, récupéré, déformé et recodé pour en exclure la moitié du monde.
Éducation numérique : le terrain miné
En classe, dès le plus jeune âge, les chiffres sont têtus. Moins de 25 % des filles s’orientent vers les filières scientifiques en Europe. En informatique ? Un désert quasi lunaire. On leur offre des poupées, pas des Raspberry Pi. Les algorithmes sont ailleurs. On dit aux filles qu’elles sont créatives, empathiques – et donc pas “faites” pour coder. La logique est masculine, paraît-il.
C’est faux, bien sûr. Mais tellement répété qu’on finit par le croire.
La vraie fracture numérique commence là : pas entre ceux qui ont ou non Internet, mais entre ceux à qui on dit “ce monde est à toi” et celles à qui on chuchote “ce n’est pas pour toi”.

Les couloirs froids des entreprises tech
Passé l’école, le monde du travail n’est guère plus accueillant. Dans les startups comme dans les géants de la tech, les femmes sont minoritaires – surtout aux postes de pouvoir. On les retrouve au marketing, rarement à la direction technique. Pire : quand elles y sont, elles doivent prouver deux fois plus, parler moins fort mais coder plus vite, et toujours sourire. Le plafond de verre est blindé, renforcé par des lignes de code inconscientes.
Et puis, il y a le sexisme rampant. Les remarques sur leurs compétences. Le fameux “tu connais vraiment le JavaScript ou tu fais juste semblant ?”. Les promotions qui filent aux hommes “parce qu’ils sont plus assertifs”.
Même dans l’univers du divertissement numérique, les stéréotypes persistent. Jetez un œil à des plateformes comme PlayAmo, où l’on retrouve un casino avec croupier en direct. Bien que modernes et immersives, ces interfaces sont encore rarement pensées avec une perspective inclusive. Pourtant, l’innovation aurait tout à gagner à refléter la diversité de ses utilisateurs.
Dans ce système, la femme devient souvent l’exception qu’on exhibe. Une licorne qu’on parade sur les affiches de recrutement, mais qu’on laisse seule dans les réunions techniques.
Espaces numériques : nouveaux mondes, mêmes chaînes
Et sur Internet ? Pas mieux.
Là où le numérique aurait pu être un eldorado d’émancipation, il devient souvent un terrain d’hostilité. Les réseaux sociaux sont truffés de harcèlement genré, de doxxing, de trolling. Les créatrices de contenu tech sont bombardées de commentaires condescendants, d’attaques personnelles, de remises en cause systématiques.
Les algorithmes eux-mêmes ne sont pas neutres. Ils perpétuent les biais de ceux qui les conçoivent. Résultat : moins de visibilité pour les voix féminines, moins d’opportunités, moins d’ascension.
Hackeuses de l’ombre : les résistantes numériques
Heureusement, tout n’est pas si sombre. Un vent de révolte souffle dans les circuits.
Des collectifs de femmes dans la tech émergent partout : Girls Who Code, Sista, Women in AI, et d’autres bataillons de guerrières du clavier. Elles ne veulent pas juste “être incluses”. Elles veulent recoder le monde. Réécrire les scripts. Changer les architectures.
Et c’est là que ça devient intéressant. Ces femmes, souvent invisibles dans les médias, sont en train de reprogrammer l’avenir. Une ligne de code après l’autre.
Rebooter le système : pistes pour demain
Alors, comment briser ce fichu code sexiste ?
1. Dès l’école :
- Introduire des modèles féminins dans les manuels.
- Créer des clubs de code mixtes et inclusifs.
- Former les enseignants à l’égalité numérique.
2. En entreprise :
- Fixer des quotas aux postes techniques.
- Rendre les processus de recrutement anonymes.
- Former à la lutte contre les biais inconscients.
3. Sur le web :
- Modérer les contenus sexistes de façon rigoureuse.
- Visibiliser les expertes.
- Soutenir les créatrices par des algorithmes plus justes.
Et si demain, coder devenait un verbe féminin ?
Le combat ne se gagne pas avec un patch ou une mise à jour. Il faut un reset profond. Une refonte des valeurs numériques. Le courage de dire que l’intelligence n’a pas de sexe. Que les lignes de code ne devraient pas enfermer, mais libérer.
Briser le code du sexisme technologique, c’est écrire une nouvelle syntaxe du pouvoir. Une syntaxe inclusive, inventive, égalitaire.
Et devinez quoi ? Cette révolution, elle porte du rouge à lèvres. Ou pas. Elle a des tresses. Ou pas. Elle aime Python, le sarcasme, les jeux vidéo, les émotions. Elle s’appelle peut-être Fatima, Lucie, Keiko ou Chloé. Elle n’a pas besoin qu’on la sauve. Elle a juste besoin qu’on lui laisse la place.
Et peut-être un bon clavier mécanique. Parce que oui, ça fait toute la différence.









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